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Le deuxième prix de l'Inaperçu a été
remis le 26 mai 2009 aux alentours de 21h dans la joie, la bonne humeur et
un café de l'Industrie bondé à :
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Prix de
l'Inaperçu 2009/ Prix Ignatius J. Reilly |
Prix de l'Inaperçu - étranger 2009
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Dominique Conil, En espérant la
guerre
éditions Actes Sud |
Shin Kyong-suk,
La Chambre solitaire
éditions Philippe Picquier |
Dominique Conil a été gratifiée d'un
chèque de 1000 euros. Pour le prix étranger, 500 euros reviennent à
l'auteur et 500 euros à son traducteur. Merci BNP Paribas.
Nous vous donnons rendez-vous dans
quelques jours sur ce site pour découvrir le film de la soirée et les
retombées médias.
Merci encore à toutes celles et ceux
qui ont fait le déplacement ou qui nous soutiennent d'une manière
générale.
Sélection
du Prix de l'Inaperçu 2009/ Prix Ignatius J. Reilly
Dominique Conil, En espérant la
guerre, éditions Actes Sud
Quand Dominique Conil, une journaliste
aux passés épars, annonce qu’elle veut désormais « dire, écrire, pas
rapporter », son livre ne peut que suivre cet ordre de mission. Léon,
jeune journaliste espère en vain la guerre, pour la couvrir. Il est envoyé
dans les Cévennes pour revenir sur un fait divers, un braquage raté, vieux
de 20 ans. Il va à la rencontre de celle qui est restée, Anne. Anne
Valetta aimait Pierre Livi. Ils s’étaient installés dans un mas, aux
marges du monde, pour vivre leurs convictions. Livi les a vécu jusqu’à la
lutte armée, il est en cavale, disparu, peut-être mort. Anne l’attend.
Peut-être. Les brumes de guerre, surtout de guerre intérieure, se
dissipent peu ou mal. Il ne s’agit plus de les percer et de rapporter les
faits, bien trop fuyants, bien trop lointains, l’objectif est de dire, de
voir avec le cœur, de vivre. (David Vauclair)
Dominique Dussidour, Le Risque de
l’histoire, éditions Laurence Teper
Zita
est croate ; exilée en Allemagne par la guerre qui déchire
l’ex-Yougoslavie, elle a laissé derrière elle une maison qu’elle a construite
et qui est désormais occupée par les soldats. Romane est française ;
écrivaine, elle habite avec son amant une maison quelque part en Charente
qui a connu des jours meilleurs mais dans laquelle elle a décidé de
construire sa famille, sa vie, son écriture. De la rencontre de ses deux
femmes dans un café de Munich vont naître des récits poignants,
témoignages d’un épisode de la guerre telle que les hommes la pratiquent en
notre siècle, aux mécanismes terrifiants d’absurdité et de banalité
inhumaine. Au-delà de la transcription d’une réalité terrible, c’est un
portrait de l’écrivain en bâtisseur autant qu’en témoin que dessine
Dominique Dussidour, présidente, entre autres activités de plume, de
l’association remue.net. Grand roman de résistance, d’amour et de
mémoire, texte essentiel et bouleversant lorsqu’il touche aux rapports
entre récit, lieux et existence, Le Risque de l’histoire aurait dû
être salué comme l’un des tout meilleurs romans français de 2008. Il n’est
jamais trop tard pour bien faire, ceci dit – dont acte.
(Benjamin Fau)
Marie Frering, Désirée,
Quidam éditeur
A l’instar de sa petite héroïne, enfant
sans âge, enfant « posthume » né d’un père dont on ne saura rien et d’une
mère morte en couches, Désirée est un texte intemporel, météore
sans attaches, mélopée plutôt que roman, novella délicatement
composite plutôt que récit, insoucieux de réalisme car il sait que la
poésie ne dit jamais que le réel – mais qu’elle n'a aucun besoin de
l’affirmer à chaque détour de phrase pour l’imposer. Désirée parle avec
les morts, avec ceux qui, comme elle, doivent se colleter avec une
absence, un vide béant en guise d’axe central de leur existence. Elle rêve
les destinées des Désirée passées, qui protègent les disparus et consolent
les vivants. Catalyseur des âmes, elle libère aussi la parole des hommes :
ses mots font « aboyer en (eux) des chiens qui sommeillent ». Aquarelle
précieusement esquissée plutôt que panorama démonstratif, ce premier
« roman » d’une strasbourgeoise aux existences déjà multiples (femme de
théâtre, réalisatrice radio ou travailleuse humanitaire en Bosnie) est un
chant fascinant de beauté et d’étrangeté, dont chaque phrase est ciselée
de manière à résonner profondément dans les cœurs et les âmes.
(B.F.)
Charlie Galibert,
L’autre, Anacharsis
L’autre, c’est Goodfellow, alias
Goodbrother, le compagnon du héros d’un précédent ouvrage de fiction de
l’auteur. La rumeur dit que ce serait pourtant un personnage historique.
D’où cet autre ouvrage, cette biographie, ce roman, cette
explication d’un autre dans l’ombre, plus vrai que lui, plus vrai
que l’autre. Derrière le procédé littéraire, Charlie Galibert livre
un évangile inversé et diabolique. A la figure du chasseur de prime obsédé
par les armes, il accole un long poème dispersé et burlesque. Exigeant,
difficile, il rappelle qu’il n’y a pas plus fiable qu’une fiction, au
moins autant qu’une balle de revolver. Le talent de Galibert est du même
calibre. Un gros. Mais on se brûle à vouloir l’attraper. La fascinante et
satanique tribulation du style et de l’esprit vaut pourtant bien encore un
petit effort, lecteur. Si la lecture est un vice, c’est bien pour cela.
(Nils
C. AHL)
Mathieu Goguel,
Press Book, Erreur Système
Les mauvaises langues diront qu’il
l’avait bien cherché. Car s’il a le surréalisme courtois, l’auteur se
dérobe – puisqu’il ne fait pas de livre. Press Book est la revue de
presse d’un livre qui est… une revue de presse. Celui-ci ou un autre,
d’ailleurs, personne ne saura jamais. Le travail est soigné, la farce est
savoureuse. Le pire, c’est que Press Book se lit (presque) comme un
livre. Qui a dit que cela n’en était pas un ? Reprenons : quand Magritte
intitule l’une de ses œuvres Ceci n’est pas une pipe, c’est
justement qu’elle représente une pipe sans en être une. On ne peut
ni la bourrer ni la fumer. C’est une image. Mais Press Book ne
représente pas un livre, il en est un, puisqu’on peut le lire, le
feuilleter, le ranger dans sa bibliothèque. Autant dire que ce n’est pas
Ceci n’est pas une pipe, c’est même l’inverse. Mais ce n’est pas
une pipe pour autant. Oui ? Non. (N.C.A.)
Sélection
du Prix de l'Inaperçu - étranger 2009
Fernando Aramburu, Le Salon des
Incurables, éditions Buchet Chastel
Le « conte cruel » est presque un genre
en soi, et l’on sait depuis Villiers de l’Isle-Adam ou Ambrose Bierce
quelle jubilation peut naître de l’autopsie littéraire des franges les
plus sombres de notre psyché. L’espagnol Fernando Arumburu livre ici douze
nouvelles sobrement horrifiques mettant en scène des personnages
grotesques et grimaçants – et pourtant terriblement humains. Du Salon des
Incurables, où l’on parie gros sur le prochain malade en phase terminale à
passer l’arme à gauche, jusqu’à la litanie circonstanciée de décès
violents désespérément et tragiquement absurdes, en passant par l’aveu
fatal d’un dévot onaniste fait à sa mère mourante ou par la fascination
perverse d’un écrivain raté pour le spectacle des derniers instants d’un
accidenté de la route, le recueil est traversé par les multiples figures
de la mort, à la fois prosaïque et terrifiante, et chacune de ses
nouvelles est l’équivalent littéraire d’une manière de vanité passée au
tamis de l’imagination d’un Goya ou d’un Munch.
(B.F.)
Giosuè Calaciura, Conte du Bidonville, éditions Les
Allusifs
Que faire quand on prend « conscience
de se trouver dans les latrines en plein air du bidonville de Makerere III,
district de Kawempe, terminus de toutes les pisses du monde, à
l’embouchure des fleuves de merde qui, par les lois de l’hydraulique et au
nom de Dieu, descendent des collines où vivent les ministres, les
présidents […] » ? Henriette en robe de mariée rouge hibiscus ne peut
qu’agir. Elle recherche sa fille disparue. Elle se bat contre le destin,
contre la vie, contre Slim le maigre, métaphore de la maladie qui ne
laisse pas d’échappatoire à l’amour. Elle veille sur le trésor fragile de
sa douleur. Les autres, eux comme nous, ne peuvent que se réfugier dans
son histoire, son voyage, sa légende. Le plus talentueux des aèdes, le
palermitain Calaciura, rapporte ce qu’il sait et ce qu’il devine de cette
quête et choisit d’illustrer cette Iliade et cette Odyssée ougandaise sous
la forme d’un bref conte poétique. Un grand texte en peu de mots.
(D.V.)
Einar Már
Guðmundsson, Le Testament des gouttes de pluie,
Editions Gaïa
Ce qu’il y a de parfois agaçant avec le
prix de l’Inaperçu, c’est qu’il nous donnerait des leçons. Il pointerait
nos manquements, notre légèreté, voire notre inculture. Dans le cas d’Einar
Már Guðmundsson, disons-le encore une fois, cela n’a rien à voir. Ne
faisons pas de jaunisse islandaise d’avoir manqué ce grand écrivain né en
1954 à Reykjavik, traduit un peu partout, poète, romancier, auteur de
nouvelles, lauréat du très prestigieux prix du Conseil Nordique en 1995 :
les jurés du prix de l’Inaperçu s’en délecteront. Car de cette prose
lourde et lente, pourtant aérienne, qui tourne et retourne quelques
personnages dans le clair-obscur d’une tempête à venir, il y a à se
délecter. Drame poétique, récit météorologique, ici, l’averse est
biblique.
(N.C.A.)
Anthony McCarten, Mort d’un
Superhéros, éditions Jacqueline Chambon
Voici un livre qui commence là où
finirait un scénario de mauvais téléfilm : Donald Delpe a quatorze ans et
un cancer méchamment métastasé ; sa lutte contre la maladie va résonner, à
un niveau ou à un autre, dans les existences de tous ses proches, parents
et camarades, jusqu’au psychiatre chargé de lui redonner goût à la vie.
Argument et thématiques apparemment balisées jusqu’à la nausée, donc, mais
traitement (littéraire) miraculeux : car il n’y a qu’une chose qui
préoccupe plus Donald que de perdre sa virginité avant de mourir, c’est
d’écrire et de dessiner un comics mettant en scène « Miracle Man »,
superhéros burlesque, projection à la fois de ses désirs les plus
prosaïques et de ses peurs les plus profondes. L’inventivité narrative
d’Anthony McCarten transforme ainsi ce qui aurait pu n’être qu’une comédie
psychologique poussive en ode jouissive aux pouvoirs vitaux de
l’imaginaire et de la création. Et fait mentir l’épitaphe que s’imagine
son adolescent de héros : « Remboursez-moi, je n’ai rien compris au
film. » Nous, on serait bien resté un peu plus longtemps dans la salle.
(B.F.)
Shin Kyong-suk,
La Chambre solitaire, éditions Philippe Picquier
Vous n’y croirez pas. Mélanger
l’autofiction d’Annie Ernaux, le roman proustien, l’épopée ouvrière dans
les pas de Zola, ça ne se fait pas : trop ambitieux, trop pesant, ou
simplement trop nombriliste. Pourtant la Coréenne Shin Kyong-suk réussit
cet étonnant cocktail avec force, avec passion et sensibilité, et même
avec légèreté. La chambre est l’unique refuge d’une jeune ouvrière qui
peine à comprendre pourquoi son président estime que « d’abord la
croissance, après le bien-être », quand la croissance se vit dans le
sacrifice et que le bien-être semble réservé à ceux d’en haut. La solitude
est celle de tous face au travail, aux efforts, aux choix. En quatre
imposants chapitres l’auteure brosse l’histoire de son pays, de la classe
ouvrière, de sa famille, de sa vie. Elle expose de manière éblouissante
non seulement la naissance d’une démocratie, des droits du travail, ceux
de la femme mais aussi tout ce qui fait d’elle ce qu’elle est
aujourd’hui : clairement un écrivain de talent. (D.V.)
Ceux
qui ne viendront pas ce soir
Comme l’année précédente, certains
excellents livres ne pourront participer au prix, un choix ayant dû
s’accomplir, parfois dans la douleur et les regrets. A l’instar de l’homme
de la pampa, les joutes autour des œuvres à sélectionner, quoique rudes
furent toujours courtoises et certains titres ne purent être retenus. Pour
ne priver personne du plaisir de les découvrir, citons-les afin qu’il en
reste quelque chose, ne serait-ce la joie de les avoir lus. Ainsi les
magnifiques Vilains moutons de Katja Lange-Müller (chez Laurence
Teper), la platonique et saphique Si jolie robe de Fan Wu (Philippe
Picquier), l’âpre Chœur des Paumés de Gene Kerrigan (éditions du
Masque), le libertin Scandale de la Saison de Sophie Gee (Philippe
Ray), le tumultueux Joska Atyin n'aura personne pour le lui rendre
de Béla Osztojkan (Fayard), le loufoque et touchant Elling d’Ingwar
Ambjornsen (Gaïa) ou encore Romantiques - histoires de l’amour
d’Annette Mingels (Quidam), Gombo de Gérard Delteil (Liana Levi),
Le choix des âmes d’Olivier Larizza (Anne Carrière) ou
Souviens-toi de la rivière de Christian Chaix (Philippe Ray), et bien
d’autres car ce genre de liste est toujours trop courte, poursuivront
leurs vies cartonnées en dehors des délibérations enthousiastes de notre
jury. (D.V.)
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